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(S) Qui n’a jamais passé du temps à sa fenêtre, regardant la vie qui s’anime dans chaque appartement, imaginant et fantasmant les situations ? Gail Albert Halaban est née en 1970 à Washington D.C. C’est à son arrive à New York que, frappée par le sentiment de solitude qui en émane, elle commence à conceptualiser une photographie jouant avec les conventions et les tensions liées à la vie en milieu très urbanisé. Ou l’art du cinéma appliqué à la photographie. Vis-à-vis nous montre en effet des Parisiens dans le quotidien de leur appartement, dans une mise en scène soigneuse- ment étudiée, à travers un seul et unique cadre : la fenêtre. Morceaux de vie, temps immobile, vision de Paris, mélanco- lie, impossibilité de communiquer et pourtant désir de l’autre – les photographies de Gail Albert Halaban nous racontent la vie urbaine, autant que notre condition humaine. « Alors que nos relations sont souvent virtuelles, aujourd‘hui de plus en plus en lien avec Internet, je constate que nous avons tous besoin de vivre ensemble, en communauté » explique la photographe. La solitude urbaine : dans une série de clichés qu’il inti- tule The Neighbors, Arne Svenson, New-yorkais l’a égale- ment captée en volant l’image des habitants du quartier huppé de Triangle Below Canal Street, en évitant soigneu- sement que l’on voit leurs visages. Et comment ne pas bien entendu penser au peintre Edward Hopper, ce peintre du temps suspendu. « J‘aimerais voir l‘intérieur et l‘extérieur en même temps », écrivait Edward Hopper au début des années 1960. Cet aveu qui résume toute l’ambition de son œuvre trouve un écho singulier dans les images de Gail Albert Halaban et de Arne Svenson. Soleil du matin, titre de l’un des tableaux de Hopper, est un bon exemple pour présenter l’ensemble de leur œuvre qui est, selon la formule de Yves Kafka « une invitation au voyage intérieur ». « La bande dessinée entretient depuis longtemps des liens intimes avec l’espace de la ville et l’utopie. Mais aucune série ne lui a donné une place aussi importante que « Les Cités obscures » de François Schuiten et Benoît Peeters. Jouant avec les signes de la modernité d’hier – celle de Jules Verne, Robida ou Le Corbusier –, leurs albums mettent en scène une sorte de futur antérieur où les tissus urbains et les strates temporelles s’enchevêtrent. » ( introduction à l’exposition « Revoir Paris »). Février 2156. Kârinh est née dans l’Arche, une colonie spatiale créée par un groupe d’anciens Terriens qui a coupé tout lien avec sa planète d’origine. La jeune femme a toujours rêvé de cette Terre qu’elle n’a jamais vue, et tout particulièrement de Paris, ville décou- verte dans des livres miraculeusement préservés et lieu de ses origines. Elle a donc sans hésiter accepté de diriger seule le Tube, un vaisseau en route vers la Terre, transportant une quinzaine de corps en hibernation. Mais les immersions, de plus en plus fréquentes, de Kârinh dans ses fantasmes de la ville ne vont-elles pas gêner la réalisation de sa mission ? Et surtout, une fois à destination, la Ville Lumière du XXII e siècle sera-t-elle conforme à ses visions ? N’est-il aussi dangereux de faire des retours en arrière. Car « personne ne peut retourner dans son propre passé... S’approcher du moment de sa conception est impossible, ça a été démontré mille fois... Si tu recommences, tu risques de ne pas y survivre ... ». Kârinh fera-t-elle exception à la règle ? Suite dans le pro- chain tome à paraître. VIS-À-VIS de Gail Albert HALABAN – Editions de La Martinière RÊVER PARIS (TOME 1) de François SCHUITEN et Benoît PEETERS – Editions Casterman © F. Dor SPW DGO4 © F. Dor SPW DGO4
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