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Les Échos du Logement / Mai 2015 43 PUBLICATIONS « Berlin est une fiction », écrit Christian PRIGENT 1 : un lieu réel qui semble une fiction, le symbole de toutes les contradictions de l’Histoire récente, une ville qui porte en elle toutes les strates du XX e siècle, et n’a de cesse d’inventer un « demain », comme le note David SANSON 2 . Si Paris ou Rome sont des villes « au passé décomposé dans l’ennui patrimonial » et New York l’espace d’un « présent indicatif pressé », Berlin est à la fois une « ville au futur » et « au conditionnel passé », « à Berlin on voit surtout ce qu’on aurait pu, voulu, aimé voir – et qu’on ne voit plus ». « Dit autrement : Rome est un cut-up, un énorme collage de bribes de siècles. Manhattan est une ode musicale, l’érection à la fois sauvage et réglée d’un rêve de grandeur gris- rodé, un poème pongien orgueilleux et sériel. Berlin est un sommet mallarméen détruit. Comme si cette ville était La Ville – en tant qu’absente de toute ville, et d’abord d’elle- même. Et comme si elle était du coup aussi une sorte de (pur) temps historique – Le Temps, absent de tout temps ; l’Histoire, absente de toute (petite et grande) histoire. Rien à voir. Donc tout à penser, imaginer, fantasmer, regretter, désirer. » 50 ans durant, le photographe Raymond DEPARDON s’est rendu à de nombreuses reprises à Berlin. En 300 images, Il en rapporte une histoire en noir et blanc de la capitale allemande, aujourd’hui résolument et « défi- nitivement tournée vers l’avenir ». Nous revivons la construction du mur, les visites de Robert Kennedy et de la reine Élisabeth – symbole de « la liberté de l’Ouest » pour Depardon –, le congrès des intellectuels européens au début des mouvements alternatifs, les mani- festations musclées d’anars et d’extrémistes de gauche et le mur qui vacille et tombe devant l’objectif du photojour- naliste dépêché sur place en toute urgence par un grand quotidien français. Suit la ville en friche, puis la reconstruction des deux côtés d’une frontière abolie, mais jamais complètement effacée, et enfin le Berlin d’aujourd’hui. Plus que des fragments, c’est toute l’histoire de l’Allemagne de l’après-guerre, et la nôtre, qui défile sous nos yeux. « Pour les jeunes comme pour les anciennes générations, un voyage à Berlin est un enrichissement, pour ce qu’on appelle communément « le devoir de mémoire » et qui nous 1 Berlin sera peut-être un jour, Ed. La ville brûle. 2 Berlin, histoire, promenades, anthologie & dictionnaire, coll. Bouquins, Ed. Robert Laffont. concerne tous, pas seulement les Allemands. Berlin est un véritable enchantement, fait de découvertes historiques, de nouvelles architectures, de lieux culturels, de grands espaces. Je m’y sens bien, je m’y sens de mieux en mieux.» Berlin est menacée par la spéculation immobilière, la hausse des loyers et une urbanisation formatée. Christian PRIGENT est amer face à cette « puissance d’arasement qui voue peu à peu Berlin à ressembler à toutes les grandes capitales uniformisées par les poncifs urbanistiques chers au marché planétaire et des décors publicitaires identiques à ceux que partout dans le monde on voit. Alors Berlin s’absente de Berlin et, quoi qu’on sache des drames et des misères qui hantaient les différences d’avant, ce n’est pas sans une sorte d’aigreur peinée qu’on assiste à ces changements ». BERLIN Fragments d’une histoire allemande par Raymond DEPARDON – Editions du Seuil © F. Dor SPW DGO4 Des tavernes ouvrières des années ’20 à la mémoire de la Shoah, en passant par les vestiges du Mur, Berlin est le symbole de toute l’histoire du siècle dernier (Luc Tholomé)
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