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« Que veulent les êtres humains, par essence sociaux, dans l’habiter ? Ils veulent un espace souple appropriable, aussi bien à l’échelle de la vie privée qu’à celle de la vie publique, de l’agglomération et du paysage » disait Henri Lefebvre, déjà en 1966. Et si nous convoquons Shakespeare, il affirmait : « Qu’est-ce qu’une ville, sinon ses habitants ? ». Peut-on véritablement endiguer l’étalement urbain et pavil- lonnaire, à une époque qui se caractérise par l’autonomie croissante des individus ? Faut-il regarder de haut la cam- pagne, le périurbain ou leurs habitants ? Il semble que non, car les choix résidentiels des individus débordent largement des cadres, des normes et des direc- tives qui prétendent les organiser au nom de la densification. Il suffit de se promener dans nos campagnes pour s’en apercevoir. En analysant les stratégies foncières, économiques ou sociales des ménages, c’est bien à une réflexion sur l’urba- nisme et son idéologie que nous sommes conviés à partir de la prégnance de la vie privée des individus, de leur confort sanitaire, domestique, spatial et paysager. Ce mouvement d’individualisation de l’habiter nous invite à (re)découvrir la pensée de François Ascher. Dans son œuvre-maîtresse Metapolis ou l’avenir des villes, que nous avions chroniquée en son temps, « il avançait notamment que, du fait des performances des systèmes de transport et des nouvelles technologies de l’informa- tion et de la communication, la « métapole » est à la fois compacte et distendue, agglomérée et discontinue, s’étendant toujours plus, absorbant des zones de plus en plus éloignées, conjuguant formes et paysages éclectiques – l’hyperdensité centrale et la campagne diffuse, les villes grandes et moyennes, et les bourgs et villages ruraux, toutes ces parties étant indissociables d’un tout qui forme notre condition métropolitaine. C’est dans cette perspective qu’il avait développé sa théorie de l’« hypermodernité », s’interrogeant sur l’individu contemporain, qu’il analysait comme une sorte d’hypertexte social confronté à un éven- tail croissant d’appartenances, de valeurs et de règles, présent simultanément dans différents champs sociaux et, de là, recherchant au travers de l’espace urbain, tous les moyens de les satisfaire. Clarifiant les rapports de l’individu à l’espace-temps, explicitant de façon magistrale les liens indissolubles qu’entretiennent des composants urbains de nature a priori très différente, il parvenait à transcender les clivages et les oppositions, proposant une théorie cohérente et stimulante de la métropole contemporaine. » (Nathalie ROSEAU, « Penser la ville hypermoderne : l’œuvre de Fran- çois Ascher », http://www.metropolitiques.eu/Penser-la- ville-hypermoderne-l.html). Plus que la question de la centralité imposée, c’est davan- tage celle de la gouvernance politique de la ville hypermo- derne permettant de faire coexister l’individualité et les urbanités multiples qui est posée. Car il y a un accès inégal à l’hypertexte. « Les individus ne disposent en effet pas tous des mêmes possibilités de construire des espaces sociaux à n dimensions ou de passer d’un champ social à l’autre. Pour certains individus, le feuilleté des réseaux est complètement écrasé : leurs champs économiques, familiaux, locaux, religieux se recouvrent très largement. » (François ASCHER, « L’évolu- tion des pratiques de mobilité dans les espaces métropo- litains », p. 3). L’URBANISME DE LA VIE PRIVÉE par Olivier PIRON – Editions de l’Aube, coll. Bibliothèque des Territoires
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