untitled

Les Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant le français en partage, formant l’Organisation internationale de la Francophonie, l’OIF, se sont réunis à Dakar les 29 et 30 novembre 2014, avec pour thème de leur XV e Confé- rence : « Femmes et Jeunes en Francophonie, vecteurs de paix, acteurs de développement ». Un tel thème soulève de multiples questions. Celles de l’activité économique des femmes, de l’accès à l’emploi, au crédit, au micro-crédit, et sous-jacentes les problématiques de la pauvreté tant des femmes que des enfants. Celles de la santé : depuis les questions sanitaires jusqu’à la présence de dispensaires et de structures hospitalières de qualité et en nombre suffisant, accessibles. Celles de la formation et de l’éducation : présence d’écoles, de filières de formation et d’apprentissage, de centres sportifs Et le logement qu’en était-il ? Méconnu comme bien sou- vent. Et pourtant, nous savons qu’il est central par rapport à ce qui vient d’être décliné. On peut même dire qu’il est premier, en ce sens qu’il est la condition préalable et per- manente : sans toit, rien n’est possible ; sans logement décent, salubre, comment protéger la santé ? Ce qui renvoie à l’accès à l’eau potable et à l’évacuation et à l’assainissement des eaux usées. Sans lieux de vie facilitant l’étude, l’accès à l’école, aux services, comment imaginer une insertion harmonieuse dans la société ? En résumé, quoique fondamental, l’habitat social est trop souvent le parent pauvre des politiques et souligner son rôle dans les politiques de développement est apparu une opportunité à saisir d’urgence. C’est ainsi que le Réseau Habitat et Francophonie, d’un commun accord avec l’Organisation internationale de la Francophonie, a organisé le 16 octobre 2014 à Dakar un séminaire portant sur : « la contribution des politiques du Logement et du développement urbain à l’exercice des droits des femmes et des jeunes dans le monde ». Ce séminaire a réuni une septantaine de participants et a examiné tour à tour ces questions dans la partie occidentale de l’espace francophone (Europe, Amérique du Nord) et en Afrique, selon un schéma dans lequel chaque fois, une inter- vention théorique était suivie du témoignage d’un opérateur. Sébastien Pradella, Directeur de recherche du Centre d’Etudes en Habitat durable a présenté un panorama des conditions d’habitat des femmes en Europe francophone et au Québec. Dans la plupart de ces pays, souligne son analyse, l’habitat des femmes diffère sensiblement de celui des hommes lorsque d’autres facteurs interagissent avec le genre, comme notamment la situation familiale et le niveau des revenus. Ainsi, les femmes vivant seules ou soutiens de famille monoparentale sont particulièrement placées ans des conditions désavantageuses de logement. Cette situation a de nombreuses conséquences sur l’épanouis- sement personnel et le bien-être tant des adultes femmes que des enfants qu’elles logent. Sa contribution livre et interprète les grands indicateurs statistiques européens sur les conditions de logement. Et Sébastien Pradella de conclure en situant l’ampleur des différences de conditions de logement éprouvées par les femmes, problème qui a des conséquences dommageables pour les équilibres sociaux et l’émancipation des femmes et des plus jeunes notamment, c’est-à-dire : la surcharge des coûts et la difficile accession à la propriété pour les familles monoparentales (les femmes chefs de famille monoparentale étant surreprésentées dans cette catégorie par rapport à leurs homologues masculins), les déséquilibres à l’intérieur de l’espace européen des coûts du logement pour les femmes ainsi que les effets néfastes d’une partie minoritaire du parc de logements insalubres aujourd’hui (avec les conséquences sur la santé physique ou mentale des personnes). Sous le titre « Redonner une chance lorsqu’on en a man- qué », Dominique Godbout, Vice-Présidente du Regroupe- ment des Offices d’habitation du Québec, ainsi que de RHF, a donné un aperçu de programmes d’intervention communautaire pour mères monoparentales et leurs enfants au Québec. Sur base de constats identiques à ceux précités (surreprésen- tation féminine dans les ménages monoparentaux, revenus nettement moindres), trois programmes d’interventions réalisées en HLM pour les femmes seules ont été décrits : le projet MAP, Mères avec pouvoir ; le projet Mères et Monde visant l’intégration sociale, scolaire et profession- nelle de jeunes mères ; le programme de renforcement – des compétences parentales – des familles. Dans sa conclusion, Dominique Godbout soulignait combien la lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté impliquait une action concertée, intersectorielle, multidimensionnelle, la mobilisation de partenariats dans une approche globale et écologique. Le focus s’est ensuite déplacé vers l’Afrique. Dans une contri- bution écrite, Malick Gaye, Directeur Exécutif ENDA RUP, Relais pour le développement urbain participé (Sénégal) a plaidé pour des politiques du logement plus inclusives des jeunes et des femmes en Afrique francophone. Son constat est clair : l’insolvabilité du plus grand nombre est un frein pour l’accès à un logement durable. Dans ce grand nombre, les jeunes et les femmes appartiennent aux ménages qui ne sont guère éligibles aux différents mécanismes d’accès à la sécurité foncière et immobilière, alors que cette majo- rité de la population – relevant du secteur informel – est économiquement productive et assure la survie de 70% des populations dans les établissements humains. Citant des chiffres d’une enquête sénégalaise de 2011, on observe que le salaire mensuel moyen s’y est élevé à 42.150 FCFA (plus ou moins 65 euros) ce qui a pour conséquence le manque de solvabilité de ces personnes si l’on sait que le coût du logement social est fixé à une vingtaine de mil- lions de FCFA (plus ou moins 30.000 euros). Pour le plus grand nombre, à l’approche classique basée sur la solva- bilité économique et singulière des ménages de la classe moyenne et supérieure, il faudrait substituer la garantie sous forme de caution solidaire du groupe, de la communauté et même de la coopérative d’habitat. L’exposé de Malick Gaye aborde ainsi les freins du côté de la demande, la demande sociale étant quasi illimitée face à des budgets publics qui ne peuvent suivre, que du côté de l’offre dont les difficultés limitent le développement de vastes opéra- tions de logements abordables, augmentent la durée et les coûts de développement des opérations de construction, et donc le prix final des logements. Il propose en conséquence un changement de paradigme pour que des solutions de politiques publiques soient mises en place pour favoriser la filière habitat et lever les obstacles de l’action des ménages et de leurs organisations communautaires, des institutions financières, des développeurs, des entreprises du secteur de la construction et des groupements d’artisans et d’ouvriers du bâtiment, des municipalités, … LE RÉSEAU HABITAT ET FRANCOPHONIE ET L’ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE par Luc LAURENT* * Directeur général honoraire du Fonds du Logement des Familles nombreuses de Wallonie

RkJQdWJsaXNoZXIy MTc4MDMy